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  • M.


Réouverture des magasins et des restaurants, retour des enfants à l'école, la fourmilière se remet en mouvement.

Le secteur culturel, encore spectateur du déconfinement, est aux prises avec les questions quant à son évolution : règlement impraticable, insécurité financière, avenir incertain. Si Churchill était clair, du moins dans ce qu'il reste de son discours, l'attitude des décideurs d'ici et d'aujourd'hui ne rassure pas, ou pas encore, ou pas assez, ou pas tout le monde. Le chamboulement est conséquent, l'émotivité palpable, les acteurs et actrices culturelles réagissent, emplis du sentiment de devoir, encore, légitimer leur existence. Ils déploient leurs voix et revendiquent leurs droits.

Dans ce contexte opportun pour les réflexions de fond à propos du monde des humains, de la machine qui le fait tourner, sur la place et la participation des artistes en son sein, la compagnie MATITA prend de la hauteur et se remet à la tâche. Sans crédulité, sans fermer les yeux, sans remettre à plus tard les positionnements qu'il est, paradoxalement, urgent de prendre le temps d'établir patiemment. Avec une confiance solide dans l'avenir et la certitude qu'il y a des chemins à tracer; et qu'ils commencent par faire ce que doit faire l'artiste : créer.


"Le révolté ne nie pas l'histoire qui l'entoure, c'est en elle qu'il essaie de s'affirmer. (...) Il se trouve devant elle comme l'artiste devant le réel, il la repousse sans s'y dérober. Pas une seconde, il en fait un absolu" L'Homme Révolté, Albert Camus, 1951

  • M.

En février, je décrivais le sentiment d’un air de renouveau : l’année prenait son élan dans une atmosphère légère et créative, ça piquait agréablement le bout des narines.

Edward Hopper, Girl at sewing machine

Un mois plus tard, tout ce qui pique les narines est devenu source d’une sensation très différente. Le corps grimpe d’un cran sur l’échelle de l’anxiété, le cœur s’agite et les pupilles s’éveillent. Commence alors un pénible effort de concentration pour éviter de se toucher le naseau avant d'avoir, à proximité, un lavabo. Une attention absolue observe alors chaque signe d’une éventuelle contamination. La gorge se serre et le cerveau répète : ça y est, ça y est, ça y est. Mouchoir, lavage consciencieux des mains, saut sur le thermomètre. Cinq minutes plus tard, le BIIIP BIIIP régulier rassure : pas encore. Parce qu’on le sait, on va probablement y passer.


Dans cette atmosphère étrange où on ne sait pas bien, parmi les rigolos insouciants et les prophètes inquiétants, où mettre le curseur entre la grippette saisonnière et l’apocalypse, on a pris l’option de continuer d’être et de faire au mieux. On reste à la maison, on désinfecte, on prend des nouvelles de nos proches. On s'inquiète mais on essaie de rester raisonnables : surtout, pas d'affolement. On trie parmi les multitudes d'informations et on tâche de garder le cap. On se tient prêts, pour s'il faut, pour si on peut. Et puis, chacun depuis chez soi, dans cette nouvelle organisation, on continue de s'engager pour ce qui nous anime. On observe, on écoute, on lit, on pense, on échange, on tâche de prendre du recul et de faire les liens qu’il faut. Dans ce nouvel agencement de la vie, avec les enfants à la maison ou entre les remplacements auprès de personnes vulnérables qui pullulent : on crée. Pour dire ce qu’on voit, pour dire ce qu’on sent, pour dire ce qui nous questionne. Et on a hâte de le partager avec vous cet automne. D’ici là, courage. Courage courage courage.


"Nous préparons ce jour de renaissance où la civilisation mettra au centre de sa réflexion cette vertu vivante qui fonde la commune dignité du monde et de l'homme, et que nous avons maintenant à définir" A. Camus, L'Homme révolté, 1951.

© 2020 Mathilde Cloux